Le piège géopolitique se referme violemment sur le peuple djiboutien. Un récent reportage d’Al-Jazeera vient de mettre en lumière ce que beaucoup d’observateurs redoutaient : l’existence de rapports accusant l’Arabie saoudite d’exploiter le territoire djiboutien comme une véritable base arrière logistique pour acheminer du matériel militaire vers le Yémen. Cette révélation explosive constitue la preuve ultime de la cécité stratégique qui sévit au sommet de l’État.
À force de vouloir brader la souveraineté de Djibouti au plus offrant pour satisfaire des appétits financiers personnels et consolider son pouvoir, le régime d’Ismaïl Omar Guelleh a commis l’irréparable. En louant chaque parcelle du territoire à des forces belligérantes et en acceptant de servir de couloir d’armement occulte pour la coalition saoudienne, le pouvoir a pulvérisé le moindre principe de neutralité.
La prise de la ville portuaire de Mokka par les insurgés Houthis place désormais des combattants lourdement armés à moins de 80 kilomètres des côtes djiboutiennes. En transformant le pays en hub militaire clandestin au profit de Riyad, la présidence a directement désigné Djibouti comme une cible prioritaire pour les missiles et les drones houthis.
Le constat est d’un pessimisme sans appel : le peuple djiboutien est sciemment offert en pâture, otage d’une politique mercantile d’une imprudence criminelle. Alors que l’économie portuaire risque l’asphyxie sous le coup des menaces sécuritaires et des surcoûts d’assurance, la population locale se retrouve en première ligne d’un conflit dévastateur qui ne la concerne pas. En vendant la sécurité du pays au denier du culte, le pouvoir n’a pas seulement failli : il a condamné Djibouti à devenir le dommage collatéral inévitable de l’explosion du détroit de Bab-el-Mandeb.